Dé-mondialisation ? Pas question.

Dé-mondialisation ? Pas question. Depuis des semaines, à l’occasion des bouleversements causés par la crise sanitaire, on entend un concert de remises en cause de la mondialisation. La crise peut faire prendre conscience des dommages causés par la mondialisation et mettre en route des mouvements de contestation. C’est une excellente chose, mais il ne faut prendre garde à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain car trop d’intérêts sont en jeu. Si on parle d’intérêts, on pense immédiatement à ceux des capitalistes, des actionnaires, des fonds spéculatifs, etc. Mais il ne s’agit pas seulement de ceux-là. Qui d’autre souffrirait d’une dé-mondialisation ? Juste trois exemples : D’abord les salariés des entreprises qui ont bénéficié des re-localisations en Asie en particulier. Mais, vous me direz, qu’en a-t-on à faire des travailleurs chinois ou bengladeshi ? Eh bien on a intérêt à s’en préoccuper pour au moins deux raisons. (i) la création d’emplois, mêmes mal payés, dans ces pays la mondialisation a crée des emplois et permit à des millions de sortir de la pauvreté, voire de la famine et (ii) à terme ces salariés ou leurs enfants deviennent des clients de nos produits. Ensuite les salariés des entreprises européennes dont les entreprises, LVMH, BMW et Airbus, par exemple, dépendent des exportations vers la Chine et autres marchés où le nombre de “nouveaux riches” ne cesse de croître. enfin les consommateurs de nos pays riches. Imaginez un instant les clients d’un Darty auxquels on démontrerait que les prix des objets vendus augmenteraient de 10, 20, 50 ou 100% s’ils étaient produits près de chez eux. Des esprits forts élaborent les possibilités de dépasser ou de détruire le capitalisme et la mondialisation. Echaudés par le marxisme léninisme et la Révolution culturelle, ils ne sont pas suivis. Par aucune nation, par aucun peuple. Il y a beaucoup à faire pour les soutiers du progrès social, du progrès tout court, de l’émancipation, c’est à dire pour les soc-dems, les travaillistes, les socialistes pour tordre le bras dudit capitalisme pour le rendre vivable pour le plus grand nombre, “for the many, not for the few” comme le dit le slogan du Labour. Quelques pistes pour réguler la mondialisation : Lutter vraiment contre les paradis fiscaux pour les éliminer. Très simple. définir des produits stratégiques, indispensables à notre sécurité sanitaire, alimentaire, sécuritaire et décider des chaînes de production et de distribution, y compris la constitution de stocks qui permettraient d’apporter des réponses à des besoins essentiels et exceptionnels. En cas de coups durs. Problème : comment imaginer et caractériser les coups durs et définir les moyens pour y parer ? Ensuite comment faire admettre aux contribuables de payer pour des dépenses et aux responsables politiques de voter les budgets et de les maintenir même quand ils continuent d’être inutiles. On a vu ce qui est arrivé aux "vaccins Bachelot" et on n’imagine pas les sommes qu’il faudrait dépenser pour traiter et prévenir les maux causés par le changement climatique. Etablir une taxe carbone aux frontières de l'UE. Taxer à l’entrée de l'Union les produits fabriqués par des travailleurs dont les conditions sont “socialement hors normes" L’Union Européenne, premier acteur du commerce international, est l’organisation la mieux placée pour définir et établir des normes, des régulations, des protections qui permettraient d’avancer sur ces quatre pistes. L’UE a la taille suffisante pour peser dans les débats qui concernent le monde. L’UE peut être une force capable de faire vivre le multi-latéralisme malgré les coups que lui porte chaque jour les US et en s’opposant à la Chine qui depuis des années influence, noyaute, finance les organisations internationales. (L’exemple de l’OMS est probant à ce sujet). G7, G20, ONU et ses “filiales” sont des lieux où les confrontations peuvent avoir lieu. L’idée d’une mise à mort ou au rancart du capitalisme ne risque pas d'y faire recette. En revanche, celle de sa régulation y est toujours à l’ordre du jour avec plus ou moins de force. L’après Coronavirus est le moment idéal pour mettre en haut de l’ordre du jour : “comment réguler la mondialisation pour faire face à des crises sanitaires ?”. Mais la question des crises causées par le changement climatique est la première qui se pose et elle n’est pas traitée ou trop lentement. Elle se pose avec une urgence brulante. Des politiques doivent se traduire en mesures, en actions, en budgets. Ce n’est pas le cas actuellement, même dans les pays qui affichent une volonté de faire face, sans parler des négationnistes : USA, Brésil. Or “on sait ce qu’il faut faire”, les remèdes sont connus et peuvent être administrés sans tarder. L’obstacle ? Les opinions publiques ne sont pas prêtes à s’engager dans un changement qui risque de leur coûter : en argent, en risque de perdre leur emploi, en limitation de leur liberté, en obligation de changer leur mode de vie. Il faut donc donner aux citoyens des assurances : assurance que la transition sera écologique et sociale, c’est à dire que les systèmes sociaux existants seront renforcés, adaptés et financés par des taxes sur les plus émetteurs et sur les plus polluants et taxation des plus hauts revenus et sur le capital. Faire disparaître les paradis fiscaux, arrêter les conflits en cours, lancer des négociations multilatérales pour un désarmement progressif.

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  • Jean Pierre Moulard
    a fait un commentaire 2020-05-08 19:51:07 +0200
    Des relocalisations sont possibles, nos énarques pantoufleurs ont vendu à l’encan des fleurons pour leur plus grand bénéfice personnel, Technip, Alstom, etc. Beaucoup d’industries dépendent peu du coût de la main d’œuvre et plus de l’investissement, de la technologie, de l’innovation. Nos élites ont laissé la France se désindustrialiser et la Chine est leader dans tous les domaines, y compris le nucléaire où c’était nous! Quant à l’UE, l’épreuve de vérité c’est maintenant, elle doit faire en sorte que la BCE résolve le problème des dettes comme la Fed le fait aux USA. Faute de quoi l’UE est morte sous sa forme actuelle, il faudra inventer quelque chose d’autre. Il est extraordinaire que cette idée enthousiasmante d’une Europe qui veut garantir la paix, puis la coopération et l’amitié sur le continent soit devenu une machine à imposer la privatisation des services publics et le dogme, prioritaire sur tout, de la “concurrence libre et non faussée”. Ce n’est plus compatible avec un monde en décroissance et sous contrainte énergétique, ce n’était déjà plus supportable.
  • Jean Pierre Moulard
    a marqué ceci Mitigé 2020-05-08 19:51:07 +0200
  • Christian Puech
    a fait un commentaire 2020-05-02 10:21:09 +0200
    Réguler la démondialisation et la relocalisation, et valoriser les deux
  • Christian Puech
    a marqué ceci D'accord 2020-05-02 10:21:09 +0200
  • Yvon Sellier
    a publié cette page sur À vous la parole ! 2020-04-29 19:53:53 +0200