Pour que dans le monde d’après, les femmes soient des Hommes politiques comme les autres.

Pour que dans le monde d’après, les femmes soient des Hommes politiques comme les autres. La crise sanitaire que nous traversons met en lumière le rôle essentiel des femmes dans des métiers jusque-là dévalorisé mais à forte valeur sociale. Personnels médico-sociaux, caissières, personnels des métiers de l’hygiène et de la propreté sont en très grande majorité des femmes. Dans ce moment d’urgence sanitaire, elles sont sur le terrain à faire chaque jour ce qu’elles faisaient déjà avant la crise et qu’elles feront après. Leur visibilité n’en est pas améliorée pour autant. Chaque jour, défilent sur nos écrans ces hommes sérieux qui ont une expertise et prennent des décisions que devront appliquer, dans l’ombre, les infirmières, aide-soignantes, caissières, …, et bientôt les personnels de l’Education nationale presque autant féminisés que les personnels de soins. Il n’y aura pas de visibilité sociale des femmes sans qu’elles soient symboliquement visible dans l’espace politique. Depuis l’émergence du mouvement #metoo et #balancetonporc, le féminisme semble devenir fréquentable. Néanmoins, aux vues de l’utilisation politique et médiatique du sujet ces derniers mois, il ne faut pas que ce combat contre une des formes les plus violentes de l’inégalité ne serve de « ripolinage » à des politiques exacerbant les inégalités sociales dont les femmes, on le sait, sont les premières victimes. Après (ou en même temps ?) le « green washing », le « feminism washing ». De quoi parlons-nous ? S’il ne suffit pas de soutenir un quota de femmes dans les instances décisionnelles pour faire tomber les stéréotypes sexistes et le conditionnement des femmes, l’action positive (la parité en est une) est un moyen de transformer l’image sociale des femmes et des hommes. La France n’a pas été à l’avant-garde sur ce sujet mais des gouvernements de gauche ont permis une progression continue de la féminisation des assemblées. D’abord la loi du 6 juin 2000, qui consacre l’obligation de parité dans les scrutins de liste puis en 2013, la loi relative à l’élection aux conseils départementaux instaurant un scrutin binominal paritaire. Pour la première fois, le féminin de « candidat » n’est plus « suppléante » et les départements passent de 14% d’élues à 50%. La mandature de F. Hollande a, de plus, permis un nouvel élan dans la prise de conscience de la nécessité de sortir de l’incantation à l’égalité et donner les outils pour une égalité réelle entre les femmes et les hommes dans la sphère politique et publique, notamment grâce à la création d’un ministère du droit des femmes de plein exercice et du Haut conseil pour l’égalité. Ce travail en profondeur aboutit à la loi sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes portée par Najat Vallaud-Belkacem en 2014. Le principe d’égal accès s’applique désormais à tous les secteurs de la vie sociale et notamment à tous les organismes et chambres consulaires. Pouvons-nous nous contenter de ces dernières avancées, qui datent maintenant de 6 ans ? La parité en politique ce n’est pas l’égalité. Reconnaissons-le, les femmes sont encore le 2eme sexe en politique. Comme l’évoque le HCE, certaines institutions échappent encore à ces règles : les communes de moins de 1 000 habitant.e.s et les intercommunalités. De plus, la loi n’a pas encore atteint les exécutifs : Plus de la moitié des départements et près de ¾ des régions comportent un tandem masculin " président/premier vice-président ". Dans les intercommunalités, le premier vice-président est un homme dans plus de 65 % des cas et, dans les communes, ils représentent plus de 70 % des premiers adjoints au maire, les femmes ne représentent qu’un tiers des conseils des intercommunalités, un peu plus d’un tiers des conseils des communes de moins de 1 000 habitant.e.s, et seulement 20 % des exécutifs des intercommunalités. En l’absence de contrainte paritaire, l’égalité n’advient pas. Nos parlementaires de la majorité, si prompt.e.s à donner des leçons de « nouveau monde » aux élu.e.s locaux, auraient été bien inspiré.e.s d’utiliser toute leur puissance médiatique pour soutenir les propositions du HCE et des associations nationales d’élus locaux pour renforcer la parité en 2020 dans leur communiqué du 28 janvier 2019 : - l’alignement des règles paritaires strictes qui s’appliquent dans les communes de plus de 1 000 habitant.e.s aux communes de moins de 1 000 habitant.e.s. Les élections se dérouleraient au scrutin de liste paritaire par alternance, sans panachage possible ; - l’application de la parité aux fonctions de maire et de premier ou première adjoint.e pour les communes, et aux fonctions de président.e et de premier ou première vice-président.e pour les intercommunalités. Les deux fonctions ne pourraient pas être exercées par deux élu.e.s du même sexe. Engageons-nous à: - Une parité stricte dans les exécutifs, - Appliquer la parité aux fonctions de président.e et de premier ou première vice-président.e pour les intercommunalités, les deux fonctions ne pourraient pas être exercées par deux élu.e.s de même sexe, de la même façon pour les fonctions de maire et premier.e adjoint.e - Mettre en place les moyens d’une meilleure conciliation de la vie personnelle, familiale, politique par le financement de moyens qui facilitent l’exercice du mandat comme le financement de la garde d’enfants des élus locaux lors des assemblées par exemple, - Créer un statut de l’élu.e qui garantirait à tou.te.s de pouvoir s’engager s’il.elle le souhaite Réaffirmons que la laïcité et l’universalisme sont les fondamentaux du féminisme, et que l’instrumentalisation politique et l’utilisation polémiste de ce combat met en danger la solidarité nécessaire pour mener la lutte contre cette inégalité inadmissible qui s’appuie sur l’idéologie naturaliste de la complémentarité des sexes. Parce que la revalorisation des métiers du soin et de l’éducation, majoritairement exercés par des femmes, n’ira pas sans une action forte pour changer l’image symbolique des femmes et des hommes dans nos sociétés, nous devons utiliser le levier que constitue l’exercice de la responsabilité politique.

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