Redéfinir un modèle productif adapté aux nouvelles aspirations

L’après ??

Redéfinir un modèle productif adapté aux nouvelles aspirations éthiques, social et environnemental. Avancer vers un modèle Européen différent pour y parvenir.

Cette crise sanitaire et ses conséquences économiques nous obligent à tirer les enseignements de nos stratégies politiques des dernières années. Elle nous oblige à réfléchir à notre indépendance industrielle, notre souveraineté dans des secteur pharmaceutique, la production de vaccins, de masques, de respirateurs….

L’Europe tente d’éviter une crise économique et financière plus grave en laissant filer le déficit des états membres, en produisant de la monnaie mais la crise a aussi mis à jour ses faiblesses. La première réaction à été la fermeture des frontières extérieures et intérieures. Elle est aujourd’hui divisée par l’émergence d’un nouveau groupe appelé les frugaux. Trois sujets la divisent, la sécurité et la défense l’immigration, le choix d’une Europe politique qui marque sa différence et ses valeurs ou le choix d’une Europe purement économique, ouverte sans régulation à la globalisation. Face à ces divergences certains souhaitent moins d’Europe, d’autres souhaitent aller plus loin. C’est la proposition des fédéralistes mais ces derniers conscients des difficultés à fonctionner à 27, pensent que nous ne pourrons pas avancer sans créer un groupe de tête. C’est en somme ce que disait Mitterrand avant l’élargissement, puis le traité qui en fixant le vote pour les questions budgétaires à l’unanimité et plus à la majorité a bloqué l’Europe et renforcé le vote des nouveaux arrivant de l’Est et des Balkans qui par des accords avec l’Allemagne lui donné une puissance politique en plus de sa suprématie économique et affaibli celle de la France. L’Allemagne ainsi renforcée a trop souvent exigé une rigueur budgétaire qui défavorisait les pays du sud. Enfin, contre toute attente l’Angleterre a décidé de poursuivre sa route sans l’Europe ou plutôt en espérant conserver le marché sans les contraintes de l’union.

En France qu’avons-nous fait ces dernières années ? Avec une croissance à 1.9 et des chiffres du chômage à la baisse sur le dernier trimestre 2017 nous constations un redémarrage économique tant attendu. Nous pouvions à la fois nous réjouir des effets du quinquennat précédent mais constater que d’autres repartent mieux que nous et réfléchir à la façon dont nous pouvons poursuivre ce redressement, l’accélérer. Concernant les mesures qui portent enfin leurs fruits, voir avec le recul, ce qui a fonctionné ou déçu. Constater la qualité des emplois créés et réfléchir pour anticiper la création des emplois futurs. Cela n’a pas été fait. Il y a un quasi-consensus sur la réalité des mutations en cours, mais les réponses apportées depuis 3 ans sont datées : L’habillage actuel, habile et médiatique, de « nouveau monde/ancien monde » tel qu’il nous est imposé pour justifier les réformes du début de quinquennat n’a malheureusement rien inventé de nouveau concernant la production, le modèle de développement, le travail ou l’emploi. La vision, s’il en existe une, a reproduit en les accélérant des schémas à l’œuvre depuis plus de 30 ans. Nous serions à l’ère postindustrielle et la flexibilité serait indispensable aux services d’où une nécessaire précarisation, individualisation des contrats et démantèlement des protections sociales. Or avant même la crise sanitaire de 2020 nous constations que cela ne fonctionnait pas. L’embellie sur l’emploi s’étiolait déjà, le mécontentement et la cassure s’aggravaient. Le mouvement des gilets jaunes, critiquable dans sa forme, montrait un malaise profond qui s’aggravait avec l’incompréhension des réformes. La valorisation du risque prônée par les élites comme un modèle est vécue par les plus faibles, comme un transfert sans compensation salariale. Pire, la réforme sur la taxation du diésel qui prétendait contribuer à réduire les particules était punitive puisqu’elle ne consistait pas à baisser le prix du sans plomb mais à surtaxer les voitures utilisées par le plus grand nombre et en particulier ceux qui ont peu de revenus. Le piège, suite à cette faute politique, serait de vouloir opposer les nantis bobos qui peuvent se permettre d’être éco responsables et le peuple. Là où l’industrie décroît au profit de la finance, l’extrême droite, le populisme et l’abstention progressent. Produire, mais autrement, en sommes-nous capables ? Pourtant Ils ont raison sur un point.

Il y a bien un « Nouveau Monde », il y a bien un besoin « d’après » mais justement ce basculement ne peut être une simple accélération du modèle de Thatcher ou même de Blair. Nous devons inventer un modèle qui fasse coexister une économie de l’immatériel, la part croissante de services dans la consommation des ménages, la mutation des systèmes de distribution, le besoin de produire à bas carbone donc à proximité, une impérieuse relocalisation stratégique dans certains secteurs. Le faire en organisant le travail différemment, nous l’avons vu pendant le confinement, une augmentation du télétravail, une structure décisionnelle plus horizontale qui conjugue une agilité de transformation de décision très réactive face à des crises à répétition. => Tout cela oblige en effet à repenser de façon globale le travail et nos emplois. Définir le « local », région, agglo, quartier ou au contraire par zone d’influence économique et politique plus large, pays, Europe. La modernité passe par une nouvelle stratégie industrielle La pensée post-industrielle nous a déjà fait perdre 30 ans. Seule l’Allemagne résiste et en tire largement les bénéfices. Le sous-investissement industriel qui en a résulté peut-être aujourd’hui comblé par un effort sur la robotisation, l’investissement industriel. En renouvelant les parcs machines, les logiciels mais aussi l’organisation humaine qui doit être moins verticale, en donnant une représentation effective aux salariés. L’Industrie représente pour notre pays 80 % de la recherche privée et les trois quarts des exportations.

Avoir une stratégie industrielle. Elle doit reposer sur une capacité à investir pour pousser des filières existantes et préparer par la formation les filières d’avenir. La BPI est un acquis du quinquennat socialiste qui aide les entreprises au quotidien mais n’est pas suffisant. Cette stratégie doit être élaborée en impliquant les régions mais à minima au niveau national et de préférence au niveau européen. Arnauld Montebourg ministre de l’industrie puis de l’économie avait défini 34 secteurs clefs : Big data, Cloud computing, Objets connectés, Réalité augmentée, Logiciels et systèmes embarqués, Services sans contact, E-éducation, Hôpital numérique , Cybersécurité, Nanoélectronique, Robotique, Supercalculateurs, Innovation dans l’agroalimentaire, TGV du futur, Véhicule deux litres aux 100 km pour tous, Véhicule autonome, Bornes électriques de recharge, Autonomie et puissance et recyclage des batteries, Avion électrique et nouvelle génération d’aéronefs, Satellite à propulsion électrique , Dirigeable pour les charges lourdes, Navire écologique, Énergies renouvelables, Réseaux électriques intelligents, Qualité de l’eau et gestion de la rareté, Biotechnologies médicales, Dispositifs médicaux innovants, Souveraineté des télécoms, Industrie du bois, Recyclage et matériaux verts ,Rénovation thermique des bâtiments, Chimie verte et biocarburants, Textiles techniques et intelligents, Usine du futur (innovation à la production. Faut-il développer ces secteurs séparément ou au niveau européen ? Si nous choisissons le niveau Européen faut-il une répartition ou une coopération. Qui décide ? Sur quel critère ? Capacité, répartition des emplois, des revenus ? Qui fixe les exigences économiques, environnementales, sociales, les critères éthiques ? Aujourd’hui qui sait quelle est notre stratégie industrielle, en France, en Europe ? C’est en conjuguant l’industrie et les nouvelles technologies que nous progresserons.

Nous ne visons pas à être réduis à une start-up nation, nous devons aussi repenser notre agriculture pour répondre aux aspirations qualitatives et environnementales. Le CiCE et le CIR ont incontestablement redonné des marges d’investissement à notre industrie, fallait-il le concentrer sur l’innovation et l’export ou le généraliser sur la production sachant qu’un emploi de production crée en moyenne 3 emplois de services ? La distribution en a été grande bénéficiaire, ce fût très critiqué concernant les grandes chaînes mais avec l’arrêt brutal du commerce non alimentaire pendant le covid 19 elle a beaucoup souffert. Faut-il continuer.

Protection et investissement européen Promouvoir le développement de nos entreprises nécessite une politique de financement, de filières et de coopération au niveau national et territorial afin de leur fournir les moyens adaptés à leurs besoins. Cependant, la croissance de nos entreprises n’est possible que dans un environnement macroéconomique propice. Sans débouchés suffisants et sous la menace permanente d’un dumping fiscal, social et environnemental, il est difficile aux acteurs économiques européens d’entreprendre des projets d’investissement de long terme, moteurs des gains de productivité et des emplois futurs. L’Europe doit aujourd’hui changer de politique sous peine de voir la désindustrialisation et les pertes massives d’emplois se poursuivre. La crise a montré la fragilité en fonds propres et en trésorerie de nos entreprises après seulement deux mois d’arrêt. Elle a montré aussi les limites de la politique des « flux tendus » et du stock minimal. Du libre-échange au juste échange Face au protectionnisme pratiqué par les Etats-Unis (clause « Buy American » du plan de relance de l’administration fédérale) et par les pays émergents (notamment Chine, Inde, Russie), face au dumping fiscal et social, de nouvelles règles d’équité et de réciprocité doivent prévaloir.

L’Europe doit instaurer des écluses sanitaires, sociales et environnementales pour rétablir les conditions d’un juste échange, par des droits de douane appliqués sur les produits qui ne respecteraient pas les normes internationales en matière environnementale (Kyoto, Copenhague…) et sociale (Bureau international du travail). Par ailleurs, les produits qui ne respectent pas les normes européennes en matière sanitaire (directive REACH, par exemple, OGM, pesticides…) doivent faire l’objet d’exclusions. Fallait-t ’il signer le nouvel accord de libre échange avec le Canada, les USA et la Chine.Faut-il signer celui du Merco sul?

Négociés au niveau européen nous avons plus de poids mais cela suppose une vision européenne partagée. Aujourd’hui ce n’est pas le cas. La réciprocité dans les relations commerciales doit être aujourd’hui une des priorités du gouvernement et notamment du commerce extérieur. Vers une Europe de la recherche et de l’investissement Il est également temps pour l’Europe de devenir le continent de la recherche et de l’investissement. La compétitivité de la zone euro ne peut reposer que sur l’innovation, et non pas le dumping fiscal, social, ou la course aux « coûts salariaux ».

Il est temps aujourd’hui que l’Europe organise une véritable montée en gamme de l’ensemble du tissu industriel afin de renforcer sa compétitivité. Cela signifie un effort européen massif dans l’éducation, la formation, l’innovation et la recherche. Nous devons poursuivre l’accroissement des dépenses de recherche, aussi bien publiques que privées ; le développement des budgets de recherche collaborative afin de renforcer les liens entre centres publics et laboratoires privés ; un accès plus facile aux laboratoires publics et aux universités pour les acteurs de chaque filière afin notamment que les PME aient accès aux résultats de la recherche appliquée.

Pour cela, l’Europe doit faire sauter le verrou du budget de l’Union plafonné à 1% du PIB. La compétitivité par la qualité des empois Tout est centré aujourd’hui sur la compétitivité coût qui est l’excuse invoquée pour cibler principalement les salariés quand nous devrions réfléchir en termes de différenciation de l’offre, de montée en gamme, de relocalisation possible par la robotisation, de création d’emplois une fois la richesse produite pour combler les besoins dans l’éducation, la santé, la justice mais aussi dans l’économie circulaire en plein développement dans les régions. Nous pouvons gagner le pari de la relocalisation de certaines productions qui du fait de l’automatisation seraient peu créatrices d’emplois directs mais la richesse produite nous permettra de financer des emplois dans d’autres filières.

Ce gain en compétitivité coût doit être accompagné d’un effort massif de formation pour gagner en innovation et en différenciation de l’offre. Cette compétitivité retrouvée permettrait aussi de réduire la concurrence organisée entre pays européens par un dumping social ou fiscal sur les emplois. La formation Cette formation doit se faire avant la vie active et pendant. Le temps gagné par la productivité machine doit impérativement être utilisé pour la formation. C’est l’erreur du passage aux 35heures payées 39 que de ne pas avoir utilisé la moitié de ce temps pour anticiper les mutations technologiques dans nos PME. L’innovation est indispensable aussi dans l’administration, l’éducation et la santé. La représentation des salariés Les ordonnances prises pour changer la représentation des salariés visent à diminuer le nombre des représentants.

La nouvelle loi travail qui affaiblit les branches en reconnaissant les accords au niveau de l’entreprise, affaiblit les droits des salariés dans les entreprises moyennes et petites. Elle affaiblit aussi le rôle des syndicats. Les gilets jaunes et les « coordinations » ont pourtant montré qu’une représentation peu structurée était néfaste pour tous.

La pire des choses serait de "laisser filer" sans saisir l'opportunité de changer de modèle, ou de se laisser convaincre que la décroissance est "la solution" pour règler ces défis.

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  • Pierre Fournier
    a marqué ceci D'accord 2020-06-08 13:08:26 +0200
  • Pierre-Alain Weill
    a publié cette page sur À vous la parole ! 2020-06-04 19:02:38 +0200