La bataille sur le sens des mots

La gauche doit gagner la bataille sur le sens des mots. Depuis que la communication a pris une importance démesurée dans la vie publique en générale et la vie politique en particulier, une insidieuse bataille sur le sens des mots est à l’œuvre. Le détournement du sens des mots tend à travestir la vérité dans le but inavoué, mais bien réel, de tromper l’opinion publique. Souvenons-nous, au 19 ème siècle les libéraux étaient favorables à la liberté d’opinion, au progrès social, la démocratie. Depuis la fin du 20 ème siècle, les libéraux sont favorables au libéralisme économique, à la mondialisation sauvage, au démantèlement des règles qui protègent les plus faibles contre les actions prédatrices des plus puissants, des plus cyniques. En se réclamant de la liberté ils avancent masqués afin de mieux duper leurs victimes et les persuader de leurs bonnes intentions. Qui se méfierait de la liberté ? Depuis quelques temps le détournement du sens des mots a fait des progrès considérables. Voici quelques exemples parmi d’autres mais qui sont éclairants du vocabulaire néolibéral : - Un plan de licenciement est qualifié de plan social. Social sonne en effet mieux que licenciement. Le social est censé protéger, c’est un mot apaisant alors que le mot licenciement inquiète et traumatise. Ce changement de mot n’adoucit en rien la violence faite à ceux qui perdent leur emploi. - Les cotisations sociales sont devenues par la magie du verbe néolibéral des charges afin de mieux démontrer leur caractère pénalisant pour l’économie. Par principe les charges doivent être les plus faibles possibles. Pourtant ce sont ces cotisations sociales qui permettent de protéger la population contre les risques de maladie ou d’accident, jouent un rôle important dans l’économie du pays en maintenant en bonne santé tous les actifs afin qu’ils travaillent efficacement. - Le travail devient une marchandise avec l’adoption du terme « marché du travail » alors que Franklin ROOSEVELT avait fait inscrire dans la charte de Philadelphie en 1944 « le travail n’est pas une marchandise ». Si le travail est une marchandise, ceux qui ne trouvent pas d’emploi sont responsables de leurs difficultés : ils sont traités comme un produit de mauvaise qualité, un stock d’invendus. Bien évidemment si un produit est de mauvaise qualité personne ne l’achète. Ainsi l’être humain est ravalé au rang de machine à produire, on le somme de « savoir se vendre ». Les seuls êtres humains que l’on vend sont les esclaves. Une société solidaire et juste se doit d’intégrer tous les individus dans la sphère économique et sociale afin de ne laisser personne au bord du chemin. - Les chômeurs sont pointés du doigt, ils sont des profiteurs. Comme l’écrit Éloi Laurent dans son ouvrage nouvelles mythologies économiques : « La mystification, habile, va très loin. Les déshérités deviennent des rentiers et les héritiers des aventuriers, les riches deviennent des opprimés et les pauvres des protégés, les régressions sociales se muent en réformes et les droits en privilèges, enfin et peut-être surtout, les conservateurs deviennent des progressistes et les progressistes des conservateurs. » Ainsi, le tour est joué, tous les gens modestes qui s’opposent aux réformes d’inspiration néolibérale sont des conservateurs accrochés à leurs privilèges. Ils n’ont pas compris que le monde appartient aux plus fortunés qui imposent leurs lois, même aux gouvernements, car les multinationales mettent en concurrence les systèmes fiscaux et sociaux des divers pays afin d’obtenir les meilleures conditions de rentabilité pour leur entreprise. Cette course folle à la rentabilité, aux profits, à la compétitivité, fait exploser les inégalités, jette des millions de personnes dans la précarité et la pauvreté. La France compte 9 millions de pauvres dont près de 3 millions d’enfants. C’est inacceptable ! Nous devons livrer et gagner la bataille sur le sens des mots, mettre échec les manœuvres des manipulateurs et des charlatans. Albert Camus écrivait : « Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde ».

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