Demain différent ?

En ce moment il y a une sorte de rêve : la catastrophe en cours va nous conduire à changer.
Voici le texte en pièce jointe, que j'ai envoyé à mes ami-e-s devant cette interrogation. Ce n'est qu'une analyse, que j'espère lucide (à 84 ans on se doit de l'être), ni pessimiste ni naïve.
Mais que faire dans ce PS auquel j'ai adhéré en 1974 ? 
Deux pistes dans une petite réponse rapide :
- prendre conscience du travail de base, du travail humain nécessaire par et dans toutes les sections, avec tous les militants, tous les sympathisants. Ce travail humain doit d'abord se faire par une implication de tous dans toutes les activités humaines ; au travail, dans le syndicalisme, par toutes les voies associatives. c'est là que nous rencontrerons des femmes et des hommes au cœur de leur existence, de leurs aspirations, de leurs difficultés, de leurs générosités. Le travail de section et de tout le parti ne peut exister que s'il y a déjà cet engagement de base, non pas en donnant la réponse à tout, parce que nous savons, mais en partageant le sort de toutes et tous!
- à un niveau plus global, dans un ce monde "mondialisé" à l'extrême, reconstruire peu à peu des nations indépendantes et pourtant liées les unes aux autres par leurs finalité. Le lien ne peut et ne doit pas être en premier l'économique ; celui-ci n'est qu'un moyen. Ce lien, ces liens sont à rechercher, définir, mettre en oeuvre dans le cadre d'organismes supranationaux sans leur être soumis. Ainsi par exemple, l'Europe doit être repensée non sur la base d'un pacte économique, mais dans des finalités  s'imposant à l'économie. Pour cela dans notre pays, nous (le PS) devons prioriser l'éducation (et pas seulement l'instruction), la protection de tous les habitants, leur égalité, leurs santé, leur habitat, remettre en cause l'accaparement des biens par quelques uns … Nous devons empêcher la croissance infernale de la consommation, et déjà pour cela, restreindre la publicité pour lui substituer une information sincère. La place de l'écologie est primordiale dans les décénies à venir, mais pas au détriment du social. L'écologie , pas plus que la santé, l'éducation, le logement, ne doit être soumis à la loi du marché, qui n'est pas une loi ,mais une construction pour garder le pouvoir à quelques uns.
Voilà le délire d'un vieil homme qui y croit toujours. Je reste à votre disposition si ce que je pense a encore un quelconque intérêt.
Marc BECHET 

Demain ne sera plus comme hier ?

 

Ce temps de confinement devrait nous permettre de trouver le silence qui nous manque tant à cette époque de l’hyper mondialisation et communication en tous genres. Dans le silence de nos lieux de vie, de nos jardins sans bruit de voiture, des forêts sans coups de fusils, que pouvons nous entendre ?

Déjà le bruit assourdissant des média qui commentent, re-commentent, sèment la peur et l’évènementiel, alignent les chiffres des malades comme elles alignaient les chiffres de la production, des productivités, des milliards budgétés hier, car il faut qu’elles continuent à faire… du chiffre.

Pourtant en s’éloignant de la radio et de la TV, et même des nombreux coups de téléphone souvent bienvenus, on peut entendre des petites musiques, encore discrètes, au fond de nos têtes et de nos cœurs. Et si demain on vivait autrement ? Et si les chiffres d’affaires, les croissances, les bénéfices, les tonnes de production de tout « l’indispensable », les classements des meilleures entreprises, des meilleurs pays, laissaient leur places premières à quelque chose que l’on a du mal à définir mais que l’on pressent, que l’on attend, que l’on espère alors que on ne l’espérait plus : l’humain, et son bonheur, sa joie de vivre, son cortège de valeurs tant louangées en paroles et mises de coté en action ?

Le silence du confinement permet de rêver : demain ne sera plus comme hier ! Pourtant, déjà à l’aune de ce confinement, on vole des masques, des faux gendarmes récupèrent l’argent de fausses contraventions, les grands responsables des pays continuent à se diviser pour asseoir leur suprématie sur les autres, on se prépare à faire des procès, on prie les soignants d’aller habiter ailleurs tout en les applaudissant du haut de son balcon…

Il n’y a pas de baguette magique pour le changement. Le changement ne vient jamais « d’en haut », il émerge à partir de l’infiniment petit, grandit un peu, beaucoup ou pas du tout, puis un jour il s’institutionnalise parce qu’il devient inévitable, pas par vertu mais par nécessité. Mais pour qu’il advienne il a fallu qu’il soit créé à partir de presque rien : quelques initiatives sans prétention, quelques mouvements du cœur, quelques idées jugées farfelues au départ, le vol d’un oiseau qui veut éteindre un incendie avec l’eau de son bec…

Mais ça ne suffit pas, il faut beaucoup de petits mouvements, d’idées simples, d’initiatives incomprises, de mouvement de cœur et d’humanisme… pour esquisser un changement radical. Pourtant le nombre ne suffit pas. Ces mouvements, ces initiatives, ces idées laissées à eux-mêmes ne sont que des mouvements browniens, des agitations sans lendemains si… ils ne s’inscrivent pas dans une pensée globale, une vision large, haute, profonde de l’humain et de l’humanité.

Et cette pensée de l’humain et de l’humanité ne peut pas faire bon ménage avec l’égocentrisme des individus comme des Etats. A la lumière des évènements actuels, comme des guerres, cette pensée ne peut pas confondre les moyens de repères que sont les données économiques avec la finalité des actions que ces moyens mesurent. Le Roi-argent veut détrôner l’Humain. C’est ce qui se passe depuis des décennies et des décennies.

Plus prosaïquement c’est ce que nous vivons avec l’oubli catastrophique des valeurs que sont l’éducation, la santé, le logement, avec l’abandon des services publics, que ce soit au niveau de grands ensembles comme l’Europe, des Etats comme la France, et même des communes comme la nôtre.

La gauche éclatée, morcelée, défigurée a la responsabilité de se reconstruire, à travers ces petites actions, ces mouvements basiques, ces initiatives de toutes sortes. Elle ne peut pas se commettre avec le libéralisme tout puissant, à quelque niveau que ce soit, car les finalités ne sont pas les mêmes. Elle ne peut pas jouer le substitut des pouvoirs des mouvements sciemment inégalitaires, y compris dans des bénévolats « faire valoir » et détournés de leur esprit. Ces petits mouvements, ces initiatives, ces idées novatrices ne prennent sens que si ils sont fidèles à la construction de l’humain et d’une humanité de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Après le confinement, après cette épouvantable pandémie, demain reste à construire, comme hier. Il y aura quelques prises de consciences, de belles paroles, de beaux écrits, puis les forces à l’œuvre hier reprendront leur place, leur puissance si nous ne donnons pas plus de sens global, plus d’union à ces petits mouvements, ces idées nouvelles, cet envie de justice, si nous ne restons fidèles pas à nous-mêmes, si nous nous laissons pas séduire par les faux amis. L’avenir nous appartient si nous le voulons et si nous nous y engageons en acte, ensemble.

                                                                                                                     B.CRAM


Peut-être faut-il s’en tenir pour l’instant à des réflexions plus solides, qui semblent difficiles à réfuter : ce sont les Etats qui coordonnent la lutte et interviennent pour limiter la chute de l’économie, le marché seul n’y pourvoirait pas ; les services publics démontrent leur utilité première, même si l’initiative privée joue son rôle, il faudra les renforcer ; les valeurs d’entraide et de solidarité sont des adjuvants précieux à la crise, l’intérêt individuel doit passer au second plan ; il faudra revoir les priorités stratégiques de l’industrie pour limiter la dépendance des peuples en biens essentiels, et donc mieux réguler la mondialisation, quitte à la limiter dans certains domaines ; il faut enfin et surtout repenser le monde à venir quand nous serons en mesure de tirer des leçons robustes de la crise. C’est là que le vrai débat commencera.

 

Laurent Joffrin

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