Penser l'après : une alternative au capitalisme

Face à un système capitalisme prédateur de ressources naturelles et broyeur de vies humaines, une alternative est possible : basculer vers une économie sociale et solidaire, basée sur une société coopérative (où la priorité sera donnée à la Transition écologique) et sur une nouvelle démocratie sociale et coopérative.

Penser l’après

Après l’état de sidération qui s’est emparé de nous tous au moment de l’accélération de la
propagation du COVID-19 et du confinement qui a suivi sur la majeure partie des pays de la
planète, une question existentielle s’est imposée à notre réflexion : quid de l’avenir de
l’humanité ?
Cette situation à tous niveaux « EXTRA » ordinaire ne serait-elle pas le signal d’alarme qui
nous incite à réfléchir dans quel monde nous voulons vivre ? Cette pandémie planétaire nous
oblige à considérer que l’humanité est plus que jamais soumise à une communauté de
destin. La mondialisation échevelée et sans limites que nous vivons depuis plusieurs
décennies a certes rapproché les peuples, mais elle a aussi généré une compétition exacerbée
qui a conduit à un accroissement des inégalités au sein même de chacune des nations et à une
dégradation sérieuse de l’état de notre planète.
Cette crise sanitaire fait suite à de multiples crises : écologique, sociale et démocratique.
L’enchainement de ces crises qui interagissent entre elles crée les conditions d’un
emballement mortifère susceptible de réduire l’humanité au néant. Il est temps de repenser la
définition même de l’être humain : l’humain n’est pas seulement un individu, mais il fait
partie de l’espèce humaine, elle-même consubstantielle à l’existence de notre unique
biosphère : homme et nature ne peuvent être dissociés. Comme Edward Lorenz l’a
démontré pour les phénomènes météorologiques dans sa thèse sur « l’effet papillon », les
interactions successives conduisent à des événements insoupçonnés. Nous ne pouvons
échapper à l’incertitude, c’est aussi une leçon à tirer de ce que nous sommes en train de vivre.
Mais cette incertitude du lendemain ne doit pas se traduire par un laisser aller et un
laisser faire où nous mettrions sous cloche responsabilité et solidarité. Au contraire, c’est
parce que tous les événements sont liés et parce que toutes les actions, si infimes soient-elles,
ont des conséquences sur les humains et sur le vivant que nous devons placer la démarche
éthique et responsable au premier plan de notre engagement. Il s’agit tout simplement de
redonner du sens à nos vies et de définir ensemble un projet politique qui régénère notre idéal
socialiste en mettant l’humain et la nature au cœur de notre projet.
Cette quête de sens anime notre engagement humaniste au service du bien commun. L’idéal
socialiste c’est permettre à chacun de s’émanciper personnellement au sein d’un collectif
où le bien vivre ensemble constitue une marche continue vers le progrès. Cette notion de
progrès a de plus en plus de mal à émerger dans un monde où de toutes parts les valeurs de
tolérance, de respect de la personne humaine et de paix entre les peuples sont sans cesse
bafouées.
Tous les êtres humains ont droit à une vie décente et accomplie sur cette terre, c’est une
valeur universelle que nous, socialistes, devons faire partager au plus grand nombre.
Pour y parvenir, nous devons proposer une réelle alternative au capitalisme prédateur de
ressources fossiles et broyeur de vies humaines. Nous ne voulons pas d’un monde libéral où la
liberté consisterait à laisser faire « un renard libre dans un poulailler libre ».
L’économie ne peut être saine et durable que si elle est régulée par les acteurs publics.
Des critères de régulation doivent être définis et appliqués au niveau mondial, au niveau
européen, au niveau national et au niveau des collectivités locales. Cette régulation est

nécessaire pour éviter les dérives financières qui conduisent à des bulles spéculatives néfastes
au fonctionnement même de l’économie réelle et dont les conséquences sociales et
environnementales sont dramatiques. La recherche du profit immédiat et de dividendes
toujours plus hauts ne peut que renforcer les inégalités au sein de la société. Cette crise
sanitaire l’a bien mis en lumière : les fonctions vitales sont assurées par les « premiers de
corvée », alors que les « premiers de cordée » sont à l’abri dans leurs résidences
secondaires. Cette injustice de classe doit être réparée au plus vite avec la mise en œuvre
d’un plan de revalorisation des salaires des métiers les plus pénibles, et aussi par la
création d’un revenu minimum de base pour les plus précaires.
Quant aux biens communs indispensables à une vie digne et humaine, ils doivent être
placés hors du marché. Education, santé, sécurité, transports, eau, énergie sont des bien
précieux qui constituent aussi des activités stratégiques pour la vie du pays. Ils doivent être
sanctuarisés sous la responsabilité de la puissance publique et ne peuvent être confiés au
secteur privé.
Une économie régulée, c’est aussi une économie qui oriente sa production vers la fabrication
et la mise à disposition de biens et de services utiles à la population. Consommer oui, mais
gaspiller non ! Disposer de produits et d’outils qui améliorent la vie quotidienne, oui !
Amasser toujours plus, non !
Fabriquer des produits durables c’est par exemple mettre fin à l’obsolescence programmée et
au tout jetable (même s’il est recyclable), ce qui au passage favorisera ainsi de multiples
emplois dans la réparation. La régulation c’est aussi chercher à réduire notre empreinte
écologique aussi bien dans le domaine industriel, dans le domaine des transports et dans le
domaine des loisirs. Développer la production locale pour une consommation locale,
rapprocher producteurs et consommateurs, c’est permettre le développement social et
économique durable de nos territoires, tout en réduisant les impacts sur l’environnement.
La question social-écologique, c’est l’affaire de tous et elle ne saurait se réduire à une prise en
charge réservée aux seuls mouvements écologistes. Le Parti socialiste doit en faire la colonne
vertébrale de son projet politique, afin de prendre en compte le réel pour tracer les
perspectives d’une société plus juste socialement, plus redistributive économiquement et plus
durable environnementalement.
La situation est aujourd’hui préoccupante et nous commande d’agir très rapidement. Le
dernier rapport du GIEC est clair : si nous continuons au rythme actuel, la concentration en
gaz à effet de serre sera telle que l’augmentation moyenne de la température atteindra autour
de 5°C bien avant la fin de ce siècle, avec son lot de catastrophes sans commune mesure avec
ce que nous avons pu constater à ce jour et avec une augmentation exponentielle du nombre
des phénomènes météorologiques extrêmes à la surface du globe.
Un nouveau modèle de développement s’impose, basé sur une alternative à la
consommation d’énergies fossiles. Orienter notre système de production vers l’utilisation
des énergies renouvelables nous permettra non seulement de réduire la pression sur notre
environnement mais aussi de créer les conditions d’une reprise économique riche en emplois
non délocalisables.
La réussite de cette nécessaire transition énergétique passe par une détermination de tous les
instants qui ne saurait céder aux lobbys les plus réactionnaires qui ne raisonnent que par des

intérêts financiers à court terme. Le chantage à l’emploi n’est pas recevable : quand la
planète ne sera plus vivable pour les humains, il n’y aura plus aucun emploi pour
personne ! Il faut au contraire accélérer la reconversion professionnelle des travailleurs et
favoriser l’innovation dans tous les domaines de l’industrie non polluante pour prendre un
temps d’avance propice à la création de millions de nouveaux emplois.
Un plan d’investissement massif au niveau de l’Europe et de la France est plus que jamais
nécessaire, avec des aides publiques conditionnées à une production orientée vers la
Transition écologique et énergétique.
Mais en complément à ces investissements de grande ampleur, une alternative au système
économique actuel est possible : développer l’économie sociale et solidaire. Celle-ci occupe
aujourd’hui près de 15% des emplois et un objectif de 30% à l’horizon 2030 est envisageable,
si les fonds participatifs sont orientés en masse vers cette économie d’avenir. Le Conseil
Départemental de Haute-Garonne a montré la voie : la prise de parts sociales dans la Société
Coopérative à Intérêt Collectif ENERCOOP permet le développement des emplois et des
activités dans le domaine de la production d’énergie renouvelable. Un système coopératif
qui viendrait peu à peu se substituer au système capitaliste permettrait l’avènement d’un
nouveau modèle de développement plus respectueux des hommes et de la nature.
Il s’agit de substituer au principe de compétition un principe de coopération. L’actualité
sur la recherche pour trouver les moyens de lutter contre la pandémie nous montre bien que
c’est par la coopération que le monde médical avance. De même, face à la crise de la
démocratie représentative et face aux limites de la démocratie participative, l’instauration
d’une véritable démocratie coopérative nous permettra de redonner du sens à l’engagement
citoyen dans la mise en œuvre des politiques publiques au sein de nos collectivités locales.
Pour nous socialistes, s’engager résolument vers un nouveau mode de production et de
consommation, c’est investir pour une croissance soutenable et créer les conditions d’une
société plus sobre et plus résiliente où le local aurait un impact salutaire sur le global, pour le
bien-être des êtres vivants de la planète Terre.

Pascal Boureau
5 Avril 2020

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